home page Ramhal Institut Beth Ramhal vie et oeuvre
contact us



>>Pour profiter de l'offre >> Cliquez maintenant ci-dessous !


Chaque semaine un nouvel extrait du livre

NITZAVIM-ROCH HACHANA :
PRIÈRE ET RÉDEMPTION

 

La paracha Nitzavim est lue en général avant la fête de Roch Hachana. Cette conjonction n'est évidemment pas fortuite, et il nous faut chercher le lien qui unit ces deux événements. Le premier verset énonce : « Vous voici, aujourd'hui, tous debout, devant le Seigneur votre D.ieu, vos chefs de tribus, vos anciens, vos fonctionnaires, tout homme en Israël »(Devarim, 29, 9). Le Midrach Rabba enseigne que le mot nitzavim signifie se tenir debout de façon stable, solide ; cettre notion correspond à la amida, c'est-à-dire la prière (l'essentiel de la prière étant la amida). Dans la prière instituée par les Sages de la Grande Assemblée, l'homme juif doit se tenir debout, les pieds joints, face à son Créateur, et réciter 19 bénédictions. En priant trois fois par jour, nous renouons l'alliance contractée lors de cette paracha Nitzavim. La Torah l'exprime d'ailleurs clairement : « Ce n'est pas avec vous seulement que je contracte cette alliance et ce pacte, c'est avec tout celui qui se tient aujourd'hui avec nous devant le Seigneur notre Dieu, comme avec celui qui n'est pas présent parmi nous aujourd'hui (Rachi : aussi avec les générations futures) » (Devarim, 29,14). Pour bien accentuer ce point, le Midrach Rabba, dès le début de la paracha, parle du temps des trois prières quotidiennes : « la prière de Charahit, du matin est du lever du soleil jusqu'à midi ; la prière de l'après-midi, Minha, est jusqu'au soir ; et la prière du soir, arvit, n'a pas de temps fixe (c'est-à-dire qu'on peut prier toute la nuit) ». Il n'y a a priori aucun lien entre l'alliance contractée ici entre D.ieu et Israël et les trois prières quotidiennes. Si le Midrach décrit ici le temps des prières qui couvrent toute la journée et toute la nuit, c'est pour nous insinuer que « ce jour » dont parle notre verset, c'est en fait la journée du juif qui doit être rythmée par les trois prières quotidiennes. Et ce rythme égrènera la vie de tous les juifs (idéalement) de toutes les générations. C'est donc par le biais de la prière que l'alliance préservera son caractère immuable, éternel, indestructible. Car l'alliance contractée ici est l'alliance qui doit engager toutes les générations, depuis le Mont Sinai jusqu'à la fin des temps, du Messie. Et c'est par la prière que cette alliance perdurera.

 

Comment la prière permet-elle d'accéder à ce niveau d'éternité, sceau ineffaçable de l'alliance divine ? Le Récanati nous révèle la clé : la prière n'est pas seulement le moyen par lequel on demande à D.ieu d'exaucer nos souhaits, mais c'est aussi et surtout le vecteur unique et exceptionnel que D.ieu nous a donnés pour communiquer avec Lui. On apprend cela du mot même de tefila, prière en hébreu. Tefila est formé des mêmes lettres que petila, qui signifie la mèche de la flamme. De même que la mèche s'entrelace avec la flamme et la lumière qui en jaillit, de même le juif en prière s'entrelace dans la lumière divine inondant le monde. Cette lumière existe depuis la création du monde, et l'on peut, par l'intermédiaire de la prière, s'y baigner, et ainsi tenter de se rapprocher de la Source de cete lumière. La communication avec D.ieu n'est rien d'autre que cela : s'envelopper d'une douce lumière qui permettra à chacun, en fonction de ses capacités intellectuelles et imaginatives [1] , de percevoir quelque peu de la Source Première. Le châle de prière, le talit, est aussi en rapport avec cette notion : il nous enveloppe de la lumière divine, et ainsi nous facilite l'accès à la Présence Divine.

Nous tenons à insister sur le fait qu'il ne s'agit pas ici de mysticisme. La prière juive n'est pas un état de transe hypnotique qui nous déconnecterait de la réalité. Il s'agit au contraire de relier le monde de la matérialité avec celui, inpalpable mais néanmoins bien réel, du Créateur. Bien réel, disons-nous, car D.ieu n'est pas une force créatrice qui se serait détachée du monde après l'avoir créé, mais le Maître du monde qui le dirige en permanence et qui se manifeste à chaque instant. Les manifestations de D.ieu étaient évidentes au temps de la prophétie, depuis Avraham jusqu'à Malakhie, en passant par la Révélation Sinaïtique [2]  ; aujourd'hui, il faut un oeil et une oreille plus attentive qu'auparavant pour capter ces manifestations, mais elles n'en sont pas moins permanentes et décisives. La prière est le moyen de relier ces deux mondes, celui de la réalité tangible, concrète, avec celui de la réalité divine, ou plus exactement d'élever le premier vers le second. Puisque D.ieu est créateur de toute chose, il ne s'agit rien d'autre dans la prière que de renouer les liens entre le Créateur et les êtres créés [3] . C'est à l'homme, seul être doué de parole et de libre-arbitre, que revient le privilège et le devoir d'élever le monde créé vers sa Source. C'est la finalité de l'homme et celle-ci passe par la prière, puisque c'est à travers elle que l'homme communique avec D.ieu [4] . La prière représente un travail long et difficile, car communiquer avec l'Etre Invisible et Infini demande une grande persévérance, surtout si nos prières ne sont pas toujours exaucées. Mais il faut s'imprégner de l'idée-maîtresse qu'au-delà de la prière-demande, se situe un degré beaucoup plus élevé de la prière : le lien qui réalise et renoue trois fois par jour l'alliance contractée avec D.ieu depuis le Sinai, grâce à la communication avec Lui que nous offre la tefila. Et la prière nous permettra ainsi d'asseoir notre foi sur une base solide.

 

Le Zohar nous révèle un sens supplémentaire au mot « aujourd'hui » de notre verset : « Vous voici, aujourd'hui, tous debout ». Aujourd'hui signifie Le jour, celui qui va influencer tous les autres jours de l'année, le jour qui contient tous les jours de l'année, à savoir Roch Hachana, le nouvel an, le premier Tichri. Il y a donc un lien profond entre Roch Hachana et la prière, puisque le même mot (aujourd'hui) indique et la prière, d'après le Midrach Rabba, et Roch Hachana, d'après le Zohar. La prière de Roch Hachana serait donc en quelque sorte l'archétype de toutes les prières, celle qui va révéler le caractère primordial et essentiel de ce que doit être la prière, la communication avec D.ieu. Quel est ce caractère ?

En examinant les prières de Roch Hachana, on s'aperçoit qu'elles tournent toutes autour du même thème : proclamer la Royauté de D.ieu dans ce monde. Ainsi, dans la Amida, on doit changer la conclusion de la troisième bénédiction, celle de la Sainteté, de la formulation habituelle de toute l'année (qui dit « Béni sois-Tu, D.ieu saint) par : « Béni sois-Tu, Roi saint ». La prière que l"on prononce à Roch Hachana est toute entière orientée autour de cette idée ; ainsi le début de la amida dit que « de génération en génération, toutes les créatures te proclamment Roi, D.ieu: Lui seul est très haut et saint ».  Ou encore, la prière composée par Rabbi Akiva que l'on prononce à partir de Roch Hachana jusqu'à Kippour, qui énonce que D.ieu est notre Père et notre Roi. Ainsi, « Tu règneras, toi Eternel notre D.ieu, sur toutes Tes oeuvres ».

Mais ce règne ne pourra devenir manifeste que lorsque tout ce qui existe aura reconnu que D.ieu est l'origine de toute chose et que Son pouvoir s'exerce sur absolument tout, le bien comme le mal. C'est ce qu'exprime la suite de la amida de Roch Hachana: « O notre D.ieu, D.ieu de nos pères, règne sur le monde entier par Ta gloire ; élève-Toi au-dessus de toute la terre par Ta majesté ; apparais dans la splendide éminence de Ta force sur tous les habitants de la terre ; que tout être (pehoul) sache que c'est Toi qui l'as fait ; que toute créature (yetzour) comprenne que c'est Toi qui l'as créée ; et que quiconque pourvu d'une âme(néchama) proclame : l'Eternel D.ieu d'Israël est Roi et Son règne s'exerce sur tout pouvoir ». Dans ce fragment, apparaissent en filigrane les trois mondes de la création : le monde de l'action (assia), fondement de toute la matérialité ; le monde de la formation (yetzira), où se trouvent les anges et les astres; et le monde de la création (briah), origine des âmes [5] . Seulement lorsque tous les êtres créés dans les trois mondes reconnaîtront l'omnipotence de D.ieu, alors Son règne sera parfait. Mais cette reconnaissance passe par une contradiction majeure qu'il faudra dépasser : les créatures étant par définition séparées de leur Créateur, il faudra en quelque sorte qu'ils « effacent » cette séparation [6] pour reconnaître l'omnipotence de D.ieu. En effet, par l'acte même de création, D.ieu fait exister quelque chose de distinct de Son Infini. Certes, le monde s'inclut dans l'Infini de D.ieu, mais D.ieu n'est pas inclus dans la nature [7] . Il y a donc, inhérent à la création, un « hiatus », un espace, qui instaure une limite entre D.ieu et Ses créatures. Cet espace-limite s'insère à partir de la base du deuxième monde (Malkhout de Bria) jusqu' à Assya. et représente la possibilité du mal, puisque séparé du bien divin. Pour reconnaître la souveraineté de D.ieu dans le monde, il faudra transformer cet espace que l'homme a rempli de mal pendant son histoire, en un pont vers le Bien divin. Autrement dit, que ce qui était le plus éloigné de D.ieu proclame le pouvoir de D.ieu sur tout ! Cette dimension ne sera atteinte qu'à l'époque messianique. Mais nous avons l'occasion, une fois par an, de proclamer cet état de toute-puissance divine : à Roch Hachana, et plus particulièrement dans la prière. La prière de Roch Hachana est un avant-goût de l'ère messianique où chacun aura compris, intégré, et ainsi proclamera que D.ieu est le seul Maître dans toutes nos pensées, nos paroles et nos actions. Mais pour parachever cette restauration du tout-divin, il faut passer par la dimension de justice, car elle seule peut contrecarrer le mal. La justice, la rigueur va condamner le mal, et ainsi lui permettre de se repentir et de se transformer en bien. C'est la raison pour laquelle Roch Hachana, le jour de la création du monde et de l'homme, est aussi le jour du jugement pour toutes les créatures. Car pour que le mal se transforme en bien, il faut d'abord qu'il soit arrêté, jugé, et qu'ainsi il s'amende. Et alors, il comprendra que tout ce qu'il a fait, même si cela était apparamment opposé à la volonté divine, ne pouvait se réaliser qu'avec l'accord de D.ieu.

Ainsi, chaque juif, à Roch Hachana, grâce à sa prière, retourne à la Source et rédime avec lui tous les mondes. Force infinie de la prière...

 

 



[1] Nous avons mentionné les facultés et intellectuelles et imaginatives, car la force de la prière de chacun dépendra de ce que l'on met derrière les mots que l'on prononce, donc de ce que l'on sait de la façon dont D.ieu se révèle au monde, et de notre capacité à construire, à partir de ces connaissances mais aussi indépendamment d'elles, tout un système imaginatif autour de la notion de Présence Divine qui sera propre à chacun. C'est ce mélange qui fait la grandeur, et aussi la difficulté, de la prière. Et tout ceci sans jamais oublier que la prière ne s'élève vers D.ieu que si elles est prononcée dans un chorum d'au moins dix hommes, pour empêcher toute déviation mystique d'un individualisme que le judaisme a toujours rejeté. On ne peut se rapprocher de D.ieu que par la force du groupe.

 

[2] Malgré les efforts de la critique biblique, on ne peut nier le bien-fondé des textes du Pentateuque qui posent clairement la Révélation de D.ieu au peuple d'Israël tout au long des versets. Le sommum de cette révélation est évidemment le Don de la Torah au mont Sinai, où le peuple dans sa totalité s'est hissé au niveau de prophètes, lorsqu'ils entendirent la voix de D.ieu dans un grand feu.

 

[3] Voir Ramhal, Kitsour Hakavanot, p 162 "le lien entre les êtres séparés et leur origine".

[4] La prière n'est pas le seul moyen de se rapprocher de D.ieu. L'étude de la Torah est évidemment encore plus importante dans l'échelle des valeurs de la Torah. En fait, toutes les mitzvot forment un pont entre l'homme et D.ieu. Mais nous insistons ici sur le commandement de la prière car il nous semble cristalliser le mieux la possibilité de communiquer avec la Présence Divine : on parle véritablement face à son Créateur, et c'est pour cela que la prière doit se faire debout (la amida), car on se tient face au Maître du monde pour communiquer avec Lui. Cette mitzva est d'une telle valeur que les Sages du Talmud l'ont décrite comme le « sommet du monde » (Talmud de babylone, traité Brakhot, page 6b)

 

[5] Il existe un quatrième monde, celui de la Atzilout. Mais celui-ci n'appartient qu'à D.ieu et ne contient pas (si ce n'est qu'à l'état de potentialités non encore découvertes) les êtres créés. Cette division en quatre mondes est une des bases essentielles de la cabale lourianique, et a été reprise par tous les maîtres du Sod (voir par exemple le Nefech Hahaim du Rabbi Hayim de Volozin, premier portique, chapitre 13 ; traduction française Benjamin Gross, Editions Verdier, p 42).

 

[6] Qui correspond à ce que nous appelons le mal ontologique, le mal premier inhérent à la création, car qui dit création dit séparation d'avec D.ieu, le Bien absolu, et donc possibilité d'autre chose que ce Bien, à savoir potentialité du mal. Il ne dépendra que de l'homme de faire advenir soit le bien par des actions méritantes, soit le mal, par des actions déviantes.

[7] A différencier donc radicalement du panthéisme spinozien, qui affirme qu'il y aurait identité entre D et la nature. C'est toute la différence -capitale- entre le panthéisme des philosophes et le pananthéisme des cabalistes qui proclame que D est dans chaque chose, mais est plus grand -car infini- que chaque chose.

 

 

>> >> Ce texte est extrait de L'essence de la Torah disponible en grand et petit format sur notre site
Tous les ouvrages et CD disponibles sur la boutique en ligne RAMHAL.COM - CLIQUEZ ICI
 
Page préparée et mise à jour par Roland METZGER >> ENTER